Contes fantastiques IV by E.T.A. Hoffmann

Contes fantastiques IV by E.T.A. Hoffmann

Author:E.T.A. Hoffmann
Format: epub


Toute la maison du colonel était dans une bruyante agitation. Les domestiques, couvert de leur riche livrée de gala, couraient dans les escaliers, les voitures retentissaient sur le pavé de la cour apportant les invités, que venait recevoir solennellement le colonel portant sur la poitrine les décorations nouvelles qu’il avait méritées dans la dernière guerre.

Au haut, dans une chambre solitaire, Angélique était assise dans une parure de fiancée, dans tout l’éclat de sa beauté, toute la fraîcheur de sa fleur de jeunesse.

La colonelle était auprès d’elle.

– Tu as, ma chère enfant, lui disait-elle, choisi en toute liberté le comte S...i pour ton époux. Autant ton père paraissait autrefois désireux de cette union, autant depuis la mort du malheureux Maurice il paraissait peu s’en soucier. On dirait même qu’il partage aujourd’hui le sentiment douloureux que j’éprouve sans pouvoir te le cacher. Il me semble incompréhensible que tu aies si promptement oublié Maurice. L’heure décisive approche, tu vas donner ta main au comte, consulte ton cœur, il en est encore temps : que jamais le souvenir de celui dont tu as perdu la mémoire ne vienne comme un ombre épaisse obscurcir le bonheur de ta vie !

– Jamais, s’écria Angélique tandis que des pleurs brillaient en perles sur ses paupières, je n’oublierai Maurice ! Jamais je n’aimerai comme je l’ai aimé. Le sentiment que j’éprouve pour le comte est tout différent. Je ne sais comment il s’est emparé de mon affection. Je ne l’aime pas, je ne peux pas l’aimer comme j’aimais Maurice ; mais il me semble que sans lui il me serait impossible de vivre, de penser, de sentir. Une voix fantastique me répète sans cesse qu’il faut qu’il soit mon époux, qu’autrement l’existence pour moi est insupportable. J’obéis à cette voix que je crois être le langage mystérieux de la Providence.

La femme de chambre entra avec la nouvelle que Marguerite, qui avait disparu depuis le matin, n’avait pas encore été retrouvée, mais que le jardinier venait d’apporter un billet d’elle et que cette demoiselle lui avait donné avec l’injonction de le porter au château lorsqu’il aurait terminé son ouvrage et porté ses dernières fleurs.

La colonelle ouvrit la lettre et lut :

« Vous ne me reverrez plus, un sort terrible me chasse de votre maison ; je vous en supplie, vous qui avez été autrefois pour moi une tendre mère, ne me faites pas poursuivre, ne me faites pas revenir de force. Une seconde tentative de suicide réussirait mieux que la première. Qu’Angélique savoure à longs traits un bonheur qui me déchire le cœur ! Adieu pour toujours ! oubliez la malheureuse Marguerite ! »

– Que signifie ceci ? s’écria violemment la colonelle. Cette folle s’est-elle mis en tête de troubler toutes nos joies ? Se trouve-t-elle toujours là en travers lorsqu’il est question pour toi de prendre un époux ? Qu’elle parte, l’ingrate que j’ai traitée comme ma fille ! Qu’elle parte ! je m’inquiéterai bien peu d’elle.

Angélique se mit à pleurer amèrement la perte de sa sœur, et



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